Le Dimanche
Ce jour là il fallait s’habiller, se mettre sur son trente et un…
Et nous partions à Paris passer le Dimanche chez la tante Clotilde et le tonton.
Le tonton était le prototype même du mec sympa qui ne disait jamais rien, la pipe au bec, la casquette à carreaux et le petit coup de rouge.
La tante elle, était du genre autoritaire (une ancienne contremaître), l’air un peu revêche dans le style des dessins de Sempé. Grande gueule et militante communiste. Mais le cœur sur la main. Ils aimaient bien manger bien boire, et faire leur tiercé, auquel ils ne gagnaient jamais. Bref, de vrais Parigots.
Ils habitaient au dernier étage d’un vieil immeuble délabré dans un quartier cosmopolite.
L’appartement, enfin si on peut appeler ça comme ça, était constitué d’une pièce couloir avec les toilettes sur le palier. Toilette à la turc évidemment.
C’était petit, il n’y avait q’une chambre, et le fameux couloir servait de cuisine.
Dans cette « cuisine » une cuisinière à charbon pour chauffer le tout.
Pas de douche, juste un évier pour faire sa toilette et la vaisselle.
Ça n’était pas le luxe, ils avaient pourtant les moyens de vivre ailleurs,
mais ils se plaisaient là, alors pourquoi changer ?
Mes parents trouvaient ça invraisemblable, mais bon.
Pour pouvoir dîner tous ensemble, on installait la table dans la chambre, prés de la fenêtre ouverte. Il faisait chaud, mais Paris était encore respirable. Pendant que nous dînions, je pouvais voir les passants dans la rue, les pigeons, et les quelques voitures. A cette époque la circulation était encore raisonnable. Du quartier nous parvenaient des odeurs de poulet frites, le brouhaha du bistrot et l’accordéon musette. Tout un folklore. Les titis parisiens, les joueurs de boules, les amoureux sur les bancs, l’ouvrier en marcel qui lavait sa 4 chevaux sur les bords de la seine. La garde républicaine qui passait régulièrement sur les quais, les bouquinistes. Toute une ambiance…
Je compris pourquoi ils n’avaient pas envie de partir…Maintenant qu’ils ne sont plus de ce monde, s’ils voyaient ce qu’est devenu leur quartier. Leur vieil immeuble a été démoli et remplacé par une tour, la plupart des bistrots son fermés, la circulation est devenue tel, qu’il est difficile d’ouvrir sa fenêtre sans être incommodé par le bruit et la pollution. Plus d’accordéon, ni de joueurs de boules et encore moins de titi Parisiens…
Les dealers se donnent rendez vous au seul bistrot du coin ou l’on peut encore s’envoyer un petit rouge…Plus d’odeurs de poulet frites, mais les gaz d’échappement, le brouhaha est remplacé par les gueulantes des putes qui se font tabasser par leur mac, l’ouvrier ne lave plus sa bagnole dans la Seine, c’est interdit et en plus il risquerait de la salir… Sa bagnole, pas la Seine…
Toute une époque s’est envolée avec l’âme de ces quartiers.
Doisneau est mort………………………