Egagéd éfuobreftavut
Cela faisait bien une demi heure que Jean Marie attendait dans cette pièce.
Il ne supportait pas d’attendre, d’ailleurs il ne supportait pas grand-chose.
Mais ce qui l’énervait encore plus c’est qu’on le laisse poireauter lui.
Lui le chef d’un des premiers partis de son pays.
Lui le chef incontesté de l’extrême droite.
Et ce qui l’énervait plus encore c’était que le personnage qui le faisait attendre était un noir.
Oui un noir. Bien sûr pas n’importe quel noir,
mais un noir quand même.
Un noir dont le soutien était primordial
pour sa prochaine victoire électorale
dans la métropole.
Depuis que les émigrés avaient le droit de vote,
il avait dû mettre de l’eau dans son vin
et faire les yeux doux à cette communauté.
Même s’il n’en pensait pas moins.
Car une chose était sure, s’il gagnait les élections,
il te virerait tous ces pignoufs vite fait
à coup de pompe dans le train.
Mais pour l’instant il fallait faire le dos rond
et des courbettes à ces gens.
Mais pourquoi le faire attendre dans cet endroit ?
En entrant il avait remarqué un vieillard a coté
du bâtiment qui lui brandissait une pancarte
sur laquelle était inscrit
« Egagéd éfuobreftavut»…
Ça lui disait quelque chose, mais quoi ?
Il n’arrivait pas à se souvenir…
Pourtant il avait vécu dans cette région d’Afrique,
mais c’était à l’époque oû il était mercenaire.
C’est qu’il en avait dessoudé des négros
le Jean Marie…
Arrr ! C’était le bon temps…
Et ce bâtiment, cette pièce ? Bizarre….
Les murs et le sol étaient de briques, sans fenêtres
et la porte était très épaisse et sans vitres.
Juste un hublot au plafond.
Et cette chaleur étouffante,
il ne lui semblait pas qu’il faisait si chaud dehors…
Il avait fait le voyage uniquement pour rencontrer
le chef du village et le mettre dans sa poche
en lui faisant un tas de promesses.
Ils sont si crédules ces sauvages…
Il faisait de plus en plus chaud,
jean Marie avait tombé la veste et retiré la cravate.
Il se leva pour aller entrebâiller la porte,
mais à son grand étonnement celle-ci
ne voulait pas s’ouvrir.
Il insista quelques instants, mais rien à faire…
Il ne s’en inquiéta pas outre mesure
et alla se rasseoir.
Egagéd éfuobreftavut ?
L’inscription de la pancarte l’obsédait,
que pouvait bien vouloir dire cette phrase ?
Il était sûr d’en connaître la signification,
mais rien à faire ça ne lui revenait pas.
Il avait de plus en plus chaud,
et personne ne venait le chercher.
Jean marie commençait à s’inquiéter.
Il alla frapper à la porte, mais aucune réponse…
Il recommença…Rien...Puis il appela.
Mais toujours rien.
Il fini par frapper la porte en criant de plus en plus fort, mais sans résultat.
La situation commençait à l’angoisser,
il était couvert de sueur
et avait quitter sa chemise.
La sueur lui dégoulinait du visage,
son torse était trempé,
la chaleur devenait insoutenable, il suffoquait.
Il s’écroula par terre, le sol était bouillant,
il ne pouvait pratiquement plus bouger.
La bouche ouverte, le corps ruisselant,
les yeux exorbités
il regardait la porte close,
incapable d’appeler à l’aide.
qui l’avait accompagné dans ce bâtiment…
Le vieillard…Et la pancarte… Egagéd éfuobreftavut ??
Dans un demi brouillard, il lui semblait apercevoir
son corps qui fumait, son gros corps tout rose
comme celui d’un gros cochon…
un gros cochon de lait que l’on fait cuire…Au four…
Au four ???
Une lueur d’effroi passa dans son regard,
À nouveau il revoit le sourire bizarre du serviteur…
Le bâtiment de briques…Sans aucune ouverture…
La porte épaisse…Comme celle d’un four…
Et le vieillard… la pancarte… cette pancarte…
Et ce mot «Egagéd éfuobreftavut».
Et la mémoire lui revint….Dans ce dialecte….
Egagéd éfuobreftavut voulait dire….
« Fuir……..Cannibales * ».
* : Traduit approximativement d’un dialecte d’une tribu
d’Afrique du Nord près de Dunkerque.