Ravachol

Déclaration de Ravachol
(Interdite lors de son procès en 1892)
François Claudius Knigstein, dit Ravachol (Ravachol, un de ses surnoms,
est le nom de sa mère) est né le 14 octobre 1859 à Saint-
Chamond (Loire, France). Miséreux, il était devenu anarchiste en pensant
que l'origine de la misère et des inégalités sociales se trouve dans
les fondements mêmes de la société capitaliste et hiérarchisée. Le refus
de son sort le conduisit à voler les riches, d'abord sans violence,
puis avec assassinat. Révolté par l'injustice de condamnations à l'encontre
de militants anarchistes, il dynamite en mars 1892 le domicile de
leur juge, puis de son substitut. Mais, reconnu dans un café à Paris, il
est arrêté quelques jours après ces deux coups d'éclat. Il est condamné
au bagne à perpétuité, pour ses attentats, le 26 avril 1892 ; puis le 21
juin suivant, il est condamné à la guillotine pour meurtres. Le 11 juillet
1892 à Montbrison, la célèbre machine à tuer lui tranche le cou.
Le texte suivant a été écrit par Ravachol pour être prononcé lors de son
procès , le 21 juin 1892. Cela lui a semble-t-il été interdit. Voici ce que
rapporte Emile Pouget dans un article intitulé Ravachol paru dans Le
Père Peinard n°172 du 3-10 juillet 1892 : « Ravachol avait une sacrée
envie de coller son grain de sel dans la défense, non pour se défendre,
mais pour sexpliquer. Y a pas eu mèche, nom de dieu ! A la quatrième
parole, le chef du comptoir lui a coupé le sifflet. Sa déclaration nest pas
perdue, nom dune pipe ! ».
Zanzara athée, janvier 2004
DÉCLARATION [INTERDITE] DE
RAVACHOL À SON PROCÈS
«Si je prends la parole, ce n'est pas pour me défendre des actes
dont on m'accuse, car seule la société, qui par son organisation
met les hommes en lutte continuelle les uns contre les autres, est
responsable. En effet, ne voit-on pas aujourd'hui dans toutes les
classes et dans toutes les fonctions des personnes qui désirent, je ne
dirai pas la mort, parce que cela sonne mal à l'oreille, mais le malheur
de leurs semblables, si cela peut leur procurer des avantages.
Exemple : un patron ne fait- il pas des vux pour voir un concurrent
disparaître ; tous les commerçants en général ne voudraient-ils pas,
et cela réciproquement, être seuls à jouir des avantages que peut
rapporter ce genre d'occupations ? L'ouvrier sans emploi ne souhaite-
t- il pas, pour obtenir du travail, que pour un motif quelconque
celui qui est occupé soit rejeté de l'atelier ? Eh bien, dans une société
où de pareils faits se produisent on n'a pas à être surpris des actes
dans le genre de ceux qu'on me reproche, qui ne sont que la conséquence
logique de la lutte pour l'existence que se font les hommes
qui, pour vivre, sont obligés d'employer toute espèce de moyen. Et,
puisque chacun est pour soi, celui qui est dans la nécessité n'en estil
pas réduit a penser :
Eh bien, puisqu'il en est ainsi, je n'ai pas à hésiter, lorsque
j'ai faim, à employer les moyens qui sont à ma disposition, au
risque de faire des victimes ! Les patrons, lorsqu'ils renvoient des
ouvriers, s'inquiètent- ils s'ils vont mourir de faim ? Tous ceux qui
ont du superflu s'occupent-ils s'il y a des gens qui manquent des
choses nécessaires ?
Il y en a bien quelques-uns qui donnent des secours, mais ils
sont impuissants à soulager tous ceux qui sont dans la nécessité et
qui mourront prématurément par suite des privations de toutes sortes,
ou volontairement par les suicides de tous genres pour mettre
fin à une existence misérable et ne pas avoir à supporter les rigueurs
de la faim, les hontes et les humiliations sans nombre, et sans espoir
de les voir finir.
Ainsi ils ont la famille Hayem et le femme Souhain qui a
donné la mort à ses enfants pour ne pas les voir plus longtemps
souffrir, et toutes les femmes qui, dans la crainte de ne pas pouvoir
nourrir un enfant, n'hésitent pas à compromettre leur santé et leur
vie en détruisant dans leur sein le fruit de leurs amours.
Et toutes ces choses se passent au milieu de l'abondance de
toutes espèces de produits !
On comprendrait que cela ait lieu dans un pays où les produits
sont rares, où il y a la famine.
Mais en France, où règne l'abondance, où les boucheries
sont bondées de viande, les boulangeries de pain, où les vêtements,
la chaussure sont entassés dans les magasins, où il y a des logements
inoccupés !
Comment admettre que tout est bien dans la société, quand
le contraire se voit d'une façon aussi claire ?
Il y a bien des gens qui plaindront toutes ces victimes, mais
qui vous diront qu'ils n'y peuvent rien.
Que chacun se débrouille comme il peut !
Que peut- il faire celui qui manque du nécessaire en travaillant,
s'il vient a chômer ? Il n'a qu'à se laisser mourir de faim. Alors
on jettera quelques paroles de pitié sur son cadavre. C'est ce que j'ai
voulu laisser à d'autres. J'ai préféré me faire contrebandier, faux
monnayeur, voleur, meurtrier et assassin. J'aurais pu mendier : c'est
dégradant et lâche et c'est même puni par vos lois qui font un délit
de la misère. Si tous les nécessiteux, au lieu d'attendre, prenaient où
il y a et par n'importe quel moyen, les satisfaits comprendraient
peut-être plus vite qu'il y a danger à vouloir consacrer l'état social
actuel, où l'inquiétude est permanente et la vie menacée à chaque
instant.
On finira sans doute plus vite par comprendre que les anarchistes
ont raison lorsqu'ils disent que pour avoir la tranquillité morale
et physique, il faut détruire les causes qui engendrent les crimes
et les criminels : ce n'est pas en supprimant celui qui, plutôt que de
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mourir d'une mort lente par suite des privations qu'il a eues et aurait
à supporter, sans espoir de les voir finir, préfère, s'il a un peu
d'énergie, prendre violemment ce qui peut lui assurer le bien-être,
même au risque de sa mort qui ne peut être qu'un terme à ses souffrances.
Voilà pourquoi j'ai commis les actes que l'on me reproche et
qui ne sont que la conséquence logique de l'état barbare d'une société
qui ne fait qu'augmenter le nombre de ses victimes par la rigueur
de ses lois qui sévissent contre les effets sans jamais toucher aux
causes ; on dit qu'il faut être cruel pour donner la mort à son semblable,
mais ceux qui parlent ainsi ne voient pas qu'on ne s'y résout
que pour l'éviter soi-même.
De même, vous, messieurs les jurés, qui, sans doute, allez
me condamner à la peine de mort, parce que vous croirez que c'est
une nécessité et que ma disparition sera une satisfaction pour vous
qui avez horreur de voir couler le sang humain, mais qui, lorsque
vous croirez qu'il sera utile de le verser pour assurer la sécurité de
votre existence, n'hésiterez pas plus que moi à le faire, avec cette
différence que vo us le ferez sans courir aucun danger, tandis que,
au contraire, moi j'agissais aux risque et péril de ma liberté et de ma
vie.
Eh bien, messieurs, il n'y a plus de criminels à juger, mais
les causes du crime a détruire. En créant les articles du Code, les
législateurs ont oublié qu'ils n'attaquaient pas les causes mais simplement
les effets, et qu'alors ils ne détruisaient aucunement le
crime ; en vérité, les causes existant, toujours les effets en découleront.
Toujours il y aura des criminels, car aujourd'hui vous en détruisez
un, demain il y en aura dix qui naîtront. Que faut- il alors ?
Détruire la misère, ce germe de crime, en assurant à chacun la satisfaction
de tous les besoins ! Et combien cela est facile à réaliser ! Il
suffirait d'établir la société sur de nouvelles bases où tout serait en
commun, et où chacun, produisant selon ses aptitudes et ses forces,
pourrait consommer selon ses besoins.
Alors on ne verra plus des gens comme l'ermite de Notre-
Dame-de-Grâce et autres mendier un métal dont ils deviennent les
esclaves et les victimes ! On ne verra plus les femmes céder leurs
appas, comme une vulgaire marchandise, en échange de ce même
métal qui nous empêche bien souvent de reconnaître si l'affection
est vraiment sincère. On ne verra plus des hommes comme Pranzini,
Prado, Berland, Anastay et autres qui, toujours pour avoir de ce
métal, en arrivent à donner la mort ! Cela démontre clairement que
la cause de tous les crimes est toujours la même et qu'il faut vraiment
être insensé pour ne pas la voir.
Oui, je le répète : c'est la société qui fait les criminels, et
vous jurés, au lieu de les frapper, vous devriez employer votre intelligence
et vos forces à transformer la société. Du coup, vous supprimeriez
tous les crimes ; et votre uvre, en s'attaquant aux causes,
serait plus grande et plus féconde que n'est votre justice qui
s'amoindrit à punir les effets.
Je ne suis qu'un ouvrier sans instruction ; mais parce que j'ai
vécu l'existence des miséreux, je sens mieux qu'un riche bourgeois
l'iniquité de vos lois répressives. Où prenez- vous le droit de tuer ou
d'enfermer un homme qui, mis sur terre avec la nécessité de vivre,
s'est vu dans la nécessité de prendre ce dont il manquait pour se
nourrir ?
J'ai travaillé pour vivre et faire vivre les miens ; tant que ni
moi ni les miens n'avons pas trop souffert, je suis resté ce que vous
appelez honnête. Puis le travail a manqué, et avec le chômage est
venue la faim. C'est alors que cette grande loi de la nature, cette
voix impérieuse qui n'admet pas de réplique, l'instinct de la conservation,
me poussa à commettre certains des crimes et délits que
vous me reprochez et dont je reconnais être l'auteur.
Jugez-moi, messieurs les jurés, mais si vous m'avez compris,
en me jugeant jugez tous les malheureux dont la misère, alliée à la
fierté naturelle, a fait des criminels, et dont la richesse, dont l'aisance
même aurait fait des honnêtes gens!
Une société intelligente en aurait fait des gens comme tout
le monde ! »
LA RAVACHOLE
Air de "LA CARMAGNOLE" et du "ÇA IRA"
Dans la grand'ville de Paris (bis)
Il y a des bourgeois bien nourris (bis)
Il y a les miséreux
Qui ont le ventre creux :
Ceux-là ont les dents longues,
Vive le son, Vive le son,
Ceux-là ont les dents longues,
Vive le son des explosions !
Refrain :
Dansons la Ravachole,
Vive le son, vive le son,
Dansons la Ravachole,
Vive le son
De l'explosion !
Ah, ça ira, ça ira, ça ira,
Tous les bourgeois on les saut'ra...
On les saut'ra !
II
Il y a les magistrats vendus (bis)
Il y a les financiers ventrus (bis)
Il y a les argousins
Mais pour tous ces coquins
Il y a d'la dynamite,
Vive le son, Vive le son,
Il y a d'la dynamite,
Vive le son
De l'explosion !
(Au refrain)
III
Il y a les sénateurs gâteux (bis)
Il y a les députés véreux (bis)
Il y a les généraux
Assassins et bourreaux
Bouchers en uniforme,
Vive le son, Vive le son,
Bouchers en uniforme,
Vive le son
De l'explosion !
(Au refrain)
IV
Il y a les hôtels des richards (bis)
Tandis que les pauvres déchards (bis)
A demi morts de froid
Et soufflant dans leurs doigts
Refilent la comète,
Vive le son, vive le son,
Refilent la comète,
Vive le son
De l'explosion !
(Au refrain)
V
Ah ! nom de dieu, faut en finir ! (bis)
Assez longtemps peindre et souffrir ! (bis)
Pas de guerre à moitié !
Plus de lâche pitié !
Mort à la bourgeoisie,
Vive le son, Vive le son,
Mort à la bourgeoisie,
Vive le son
D'l'explosion !
(Au refrain)